La Princesse au Coeur d’Or

Il était une fois, dans un royaume lointain, une princesse au cœur d’or.

Née avec un cœur d’or, elle avait les muses pour marraines. Elles l’avaient parée de tous les dons les plus purs et d’une beauté sans égal. La princesse avait la voix cristalline et mélodieuse, elle chantait le chant le plus harmonieux et le plus agréable qu’il fut donné à entendre. Les arts n’avaient aucun secret pour elle, d’une terre humide, elle révélait la plus gracieuse des statues, qu’on lui donne un pinceau et une toile, et elle retranscrivait l’image du Paradis, les anges semblaient s’animer, et les fleurs éclore, avec de la farine et du lait, elle créait le plus délicieux des gâteaux. Son cœur exceptionnel, lui faisait aimer et comprendre tous les êtres de cette terre, ainsi elle parlait toutes les langues, comprenait tous les langages. Quiconque la voyait, l’aimait instantanément tant ses qualités plaisaient à chacun et son attitude était douce.

Malheureusement, elle était née sous le joug d’une terrible malédiction, et quiconque l’aimait périssait sous le poids de ce sentiment. En effet, la Princesse aimait si bien, elle était parée de tant de qualités, que les gens se mettaient rapidement à douter de mériter l’attention et l’amour d’une si belle personne, et qu’ils leur semblait impossible de pouvoir la rendre heureuse à la mesure du bonheur qu’elle leur prodiguait. Ces doutes se transformaient peu à peu en poison, jusqu’à ce qu’un jour la culpabilité remplace le sang dans leurs veines, et, convaincus de ne pas mériter cet amour, ni de pouvoir combler la princesse véritablement, côtoyer la princesse finissait par occasionner la souffrance la plus ardente, et les gens se détournaient d’elles pour ne pas succomber de douleur.

Le roi et la reine entreprirent un exil pour protéger leurs sujets, et leur fille, qui dépérissait de voir tout le monde souffrir à cause d’elle. Peu à peu, l’argent vint à manquer, et même ses parents furent touchés par la malédiction. Le jour de son 16e anniversaire, ils décidèrent de rompre tout contact avec la princesse et la chassèrent dans la forêt la plus reculée du royaume, lui interdisant de ne jamais les approcher à nouveau mais lui expliquant bien que cette décision était motivée par l’amour qu’ils lui portaient et leur instinct de survie. Ils lui enjoignirent de ne jamais rester au même endroit plus d’un an, pour la sécurité des sujets.

La princesse entreprit un long exil à son tour, marchant aussi loin que ses jambes pouvaient la porter. Au 2e Royaume qu’elle rencontra, épuisée, elle se laissât tomber sur le sol, qui serait, à présent, son nouveau foyer. Ramassant quelques baies, elle se concocta un festin digne d’un cuisinier royal.

Seule et triste, la princesse invoquait ses marraines à l’aide, mais celles-ci ne pouvaient lui donner que l’inspiration artistique en guise de consolation. Alors elle se mit à chanter, peindre, sculpter et danser sans relâche pour faire renaître un peu de joie en elle. Elle se fabriquait un abri de fortune qu’elle décorait si bien qu’au bout d’un an il surpassait la beauté des plus riches châteaux. Elle tissait des liens avec les habitants alentour, irrésistiblement attirés par elle, et elle prenait garde à ne pas nouer de liens trop proches pour les préserver du mal qu’elle répandait malgré elle. Suivant les recommandations de ses parents, la princesse abandonnait cette splendeur au bout d’un an, et reprenait la route en quête d’un nouvel endroit où vivre.

Quelques temps plus tard, et lasse de beaucoup d’exils, elle trouva un endroit qu’elle hésitait à quitter. Son cœur d’or dépérissant lentement sans amour, elle fit l’unique chose susceptible de le forcer à battre et se mit à chanter.

Un jeune troubadour ayant entendu sa mélopée vint s’enquérir de qui possédait cette voix extraordinaire. Unissant leurs chants, la princesse se mit à découvrir le sentiment amoureux et les tourtereaux passèrent finalement tout leur temps ensemble. La princesse irradiait de joie, d’amour et de bonheur. Son cœur d’or comblé, elle expérimentait le bien-être que procure un amour sincère et réciproque. Les jours succédèrent aux nuits jusqu’à ce qu’un matin, la princesse se rendit compte que son amoureux était touché par la malédiction et songeait à la quitter. Elle ressentit une douleur immense à la simple idée qu’elle infligeait une telle torture à la personne qu’elle aimait le plus et son cœur d’or se mit à saigner. Elle annonça au troubadour qu’elle partirait à midi, et, la mort dans l’âme, le jeune homme et la princesse furent d’accord pour appliquer cette décision.

Cet épisode marqua la princesse si fort, qu’elle réalisa que le mieux pour tous était qu’elle reste à l’écart.  Dès lors, elle évita tout contact superflu avec les villageois. Les années passèrent ainsi, entre exil et isolement, et la princesse ressentait désormais un vide et un désespoir immense dans son cœur d’or, devenu froid et gris. Elle se demandait si une telle vie valait la peine d’être vécue, le plaisir d’exercer ses arts ne suffisant plus à réparer les blessures de solitude qu’elle avait reçues chaque jour. Mille fois elle pensa mettre fin à ses souffrances de manière radicale.

Un jour, un vieux forgeron frappa à sa porte, il était perdu et affamé et avait été attiré par l’odeur de ragout qui émanait de l’abri de la princesse. Ses yeux plongeant dans les siens, la princesse fut immédiatement charmée par l’âme du forgeron et l’invitât à partager son repas.

Sans s’en rendre compte, l’amour s’installait profondément entre eux. La vie de la princesse, qui lui semblait encore si terne quelques heures auparavant, lui apparaissait maintenant avec les couleurs les plus éclatantes, son cœur ayant retrouvé tout son éclat doré, battant à tout rompre. Tous les deux se sentaient bien, sans réfléchir, ils s’abandonnèrent à leur bonheur, faisaient croitre et fortifier cet amour si intense, harmonieux et beau.

Malheureusement, le jour vint où les effets sournois de la malédiction se firent sentir. Ne pouvant plus supporter ses doutes, le forgeron se montra de plus en plus cruel avec la princesse. Il mit soin à détruire toute parcelle d’amour dans son cœur et celui de la princesse, afin que celle-ci s’en aille et supprime la crainte immense d’un faux pas qui ferait qu’elle l’abandonne. Si elle devait l’abandonner tôt ou tard, il valait mieux que ce soit le plus tôt, afin qu’il ne soit pas encore trop habitué à cet amour, pensait le forgeron. Et, plutôt qu’elle ne l’abandonne parce qu’il l’aurait déçu à son insu, le forgeron s’appliqua à la décevoir tant et plus qu’à la fin elle le quitterait et le soulagerait de ses doutes. Ce qu’il fit, et elle partit.

Mais le forgeron ne parvenait pas à oublier la princesse, et son absence le tourmentait encore plus que sa présence. Il ne pensait qu’à elle, de jour comme de nuit, même après que 2 hivers aient passés. La princesse ayant tant souffert de cette rupture, ne souhaitait qu’oublier le forgeron et remplissait sa vie de toutes les tâches humainement réalisables pour ne pas avoir un seul instant de repos où penser. Le travail l’épuisait lentement mais réussissait à la distraire de ses sentiments. Son cœur d’or pardonnant lentement au forgeron, mais la solitude la déchirant de plus belle. Si, par malheur, elle s’arrêtait, le désespoir la terrassait littéralement, lui faisant subir la plus terrible des souffrances.

Le forgeron se mit en quête de retrouver la princesse, un jour il y parvint. Le doute, la peur et le remord en lui, il n’osait l’approcher et l’observait à distance, établissant un campement près d’elle mais si dérobé qu’elle ne pourrait l’apercevoir.

Toutefois, il semblait à la princesse qu’elle avait vu le forgeron. Elle chassait cette idée de son esprit,  jusqu’à ce que la curiosité l’emporte et qu’elle entreprenne d’aller voir de plus près… Elle trouvât une cache dans une grotte, dissimulée par les fourrés, et, repoussant branchage après branchage, se faufila à l’intérieur pour tomber nez à nez avec lui.

D’abord surpris, la princesse et le forgeron ne purent que sourire. Se souvenant de leur première rencontre, le forgeron lui offrit de manger avec lui et la princesse accepta. Ils se mirent à discuter, les minutes se transformant en heures, le jour en nuit et en jour à nouveau.

Ils se quittèrent et la princesse rentra chez elle. Toute la journée, elle repensait à sa rencontre avec le forgeron. Elle se rendit compte que chaque pensée engendrait un sourire, et chaque sourire lui redonnait un peu du bonheur qu’elle croyait perdu à jamais. Elle réalisa soudain que la présence du forgeron lui manquait, qu’elle était nécessaire à sa propre vie, et décida séance tenante d’aller le trouver afin de lui faire part de cette découverte.

Ce à quoi le forgeron répondit :

«          Princesse, je ne veux plus aimer, c’est bien trop douloureux. Et puis, tu es une si belle personne, si jeune, si pleine de vie ! Comment pourrais-tu être comblée par un vieux forgeron comme moi qui ai si peu à offrir et t’ai déjà fait tant souffrir ? Je ne pourrais plus me pardonner de te faire souffrir à nouveau et préfère éviter de prendre ce risque à l’avenir. Tout ce que je désire, c’est te protéger de moi-même, car je te décevrai, tu le sais…

-          Forgeron, je voulais ne plus aimer non plus. Mais ta simple présence a réveillé l’amour qu’il y a entre nous, je le ressens intensément. Je ne peux plus faire marche arrière et ignorer ce sentiment désormais. Je suis sure que tu ne peux pas me décevoir, ta seule présence suffit à illuminer ma vie. Sans toi, mon cœur d’or ne réussit plus à battre, ma vie est trop triste. Crois-moi quand je te dis que tes qualités font sincèrement mon bonheur. Crois qu’il est possible qu’une princesse avec tant de dons ne soit heureuse qu’avec toi forgeron, dont les dons sont aussi précieux que les miens. Et que mon bonheur ne dépend que de toi.

-          C’est que j’ai tellement peur de souffrir et de te faire souffrir… Et ta souffrance, Princesse, s’ajoutera à la mienne, je ne pourrais jamais le supporter.

-          Forgeron, je peux te promettre la constance de mon amour. Je te choisis, et te jure que ce choix ne sera jamais remis en cause, car je t’aime sincèrement et ne veux que ton bonheur qui fait le mien. »

Alors, le forgeron s’approcha et embrassa la princesse, scellant ce pacte à tout jamais et rendant à la princesse sa liberté d’aimer.

La malédiction fut brisée, par sa confiance en lui et sa foi en l’amour de la princesse, le forgeron les libéra à jamais de ce lourd fardeau, et ils vécurent heureux jusqu’à la fin des temps.

 

FIN

 



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